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Gai– Extermination (Blue Jug / Violent Party EP 001)

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Si Confuse ont inventé le son noise-core de Kyushu, Gai en ont fait un genre. Encore plus clairement influencés par Chaos UK, Gai posent les bases : guitares suraiguës, roulements de batterie boîte de conserve, et des chansons extrêmement simples, ainsi qu’une pochette arborant un artwork à la je-gribouille-avec-ma-main-libre-enfermé-dans-une-camisole-de-force, dans un style inventé par Disorder. Plus que Confuse, Gai se rapprochaient du son britannique, avec des structures de morceaux street punk tarés. Tandis que le groupe évoluait pour devenir les Swankys, l’influence street punk a laissé place à un côté 77/ punk rigolo, faisant de ce groupe un curieux mélange de guitares noise-core et de punk sautillant et débile. Franchement, pour moi le flexi de Gai est le moins bon disque de cette liste, mais il n’en reste pas moins important, parce qu’il définit le genre. Des douzaines de groupes, tels que Dust Noise, Screaming Noise, Donkeys, Chaos CH, ont clairement imité Gai et les Swankys, même si Gai, bien plus que Confuse, me paraissent être eux-mêmes des copieurs. Les Swankys ont développé leur propre son, mais le flexi de Gai n’a pas vraiment de personnalité qui lui soit propre, jusqu’au son influencé par « Perdition » de Disorder (d’ailleurs, l’épidémie de noms de disques se finissant en –ion à Kyushu en 84 étaient certainement un hommage à ce 12’’).

La démo « Damaging Noise » est plus noisy et on y ressent peut-être plus une influence dischargienne que sur le flexi, avec comme bons points la voix d’homme-de-Neandertal-en-train-de-se-rouler-par-terre-dans-sa-cave et quelques tueries de d-beat punk sans fioritures. La chanson « Break » est un mélange de Kyushu noise-core et de vol en règle de riffs de Discharge, tandis que « Fallen Angel’s Balls » (j’ai l’impression que ça ne veut pas dire ce qu’ils pensaient que ça voulait dire) est le morceau où Gai se rapprochent le plus de l’étrange son de guitare de Confuse (avec le d-beat), et, pour finir, « Know » est un fix rapide à la Stockholm mangel. Clairement, un superbe exemple d’évolution parallèle.

Pour ce qui est du flexi deux faces, noire, avec ses ronds centraux vierges, pour moi il est intéressant pour deux raisons: l’artwork, et la chanson « Blood Spit Night (for ever 76) ». En jetant un œil à la pochette on ne peut s’empêcher de se demander si Gai pensaient que Blue Jug allait leur sortir 8’’ de bruit parce que, clairement, une partie de l’artwork dépasse des marges. Mais j’imagine qu’en fait ils voulaient juste que ça ait cette gueule là. S’ils ont réussi à faire tenir les quatre membres du groupe sur un scooter, ils auraient bien pu faire tenir le mot « Extermination » sur la pochette. Notez la retouche faite de tatouages Chaos UK et Violent Party. En ce qui concerne le dos de la pochette, bon, l’artwork dépasse de manière encore plus évidente, c’est bon, on a compris. Passons à « Blood Spit Night » : ce n’est pas un hasard si, tout comme le morceau « Spending Loud Night » de Confuse, cette chanson a un son complètement différent du reste de l’œuvre de Gai -enfin, jusqu’à ce qu’ils fassent carrière dans Swankys. Mais avant ça, « Blood Spit Night » était un des seuls exemples existants de mélange de punk britannique morveux et de son donnant l’impression qu’on est chez un dentiste sadique. C’est un morceau lent pour chanter en chœur, qui ne rappelle pas du tout le son du groupe de Portland qui lui a pris son nom. C’est une chanson parfaite pour un bon vieux pogo, histoire de déloger toute la saleté qui s’est accumulé dans tes oreilles après t’être roulé par terre pendant les cinq premières chansons du flexi.

En guise de conclusion, je dois dire que la relation incestueuse entre les membres de Gai et ceux des autres groupes noise-core de Kyushu reste pour moi un mystère, et j’adorerais lire une traduction bien faite d’un texte en racontant l’histoire. En se basant sur les explications fournies dans le LP de Sieg Heil sur Overthrow, qui m’ont laissé quelque peu confus (argh), Confuse ont appris à Gai et Sieg Heil, qui avaient des membres en commun, comment produire le son de guitare si classique, mélange de fuzz et de bruit (ainsi que comment s’habiller pour ressembler à un punk anglais). Il semble que Gai, emmené par leur chanteur Swanky, ont commencé par s’appeler Swankys puis ont ré-utilisé ce nom par la suite. L’influence de Confuse provient de la période où les deux groupes, ainsi que Sieg Heil, et peut-être d’autres comme Gess et No Cut (qui ont par la suite fait usage de mélodies – Horreur ! Horreur !), faisaient des concerts ensemble à Fukuoka et Hakata. « Indignation », la démo de Confuse, bien que n’étant pas le premier enregistrement (enregistrée en avril 1984), a été le point de départ du noise-core japonais, en tant qu’objet fini et cohérent, regroupant treize chansons définissant un nouveau style de musique. Le flexi de Confuse, « Nuclear Addicts », et celui de Gai, ont été enregistrés à quelques jours d’écart en Août et Septembre 1984. Les deux ont été précédés par « Damaging Noise », la démo de Gai, « Nazism », celle de Sieg Heil, et « Indignation », toutes trois sorties par Violent Party. Il me semble que Violent Party utilisaient deux systèmes de numérotation différents pour leurs flexis et pour leurs cassettes (« Nazism » et « Nuclear Addicts » sont tous deux # 2). Des rééditions des démos de Gai sont disponibles par intermittence en CD et LP au Japon. Il y a aussi un CD initulé « 1981-1985 Violent Party » qui inclurait des morceaux studios inédits de ces années là. Et puis, pour finir, il y a la rumeur Internet, lancée par Wedge de Nine Shocks Terror, comme quoi Gai aurait repris Electric Eels. Rumeur qui, si elle se confirmait, pourrait amener à repenser de A à Z la genèse du genre noise-core dans son ensemble, mais pour ça je demande à entendre d’abord cette reprise de mes propres oreilles. J’imagine que les menus détails de ce genre ne sont pas spécialement intéressants pour la plupart des gens, mais il faut savoir que de nombreux blogs et fanzines consacrent beaucoup de temps à leur obsession pour cette musique, alors qu’il n’y a que très peu d’informations nouvelles ou utiles (ou même d’écrits !) de disponibles. Toutes proportions gardées je dirais qu’on peux blâmer l’échange de fichiers en ligne pour cette situation, en cela que la musique la plus désespéramment obscure est maintenant à la portée de tout un chacun, mais elle est en même temps sortie de son contexte et dépouillée de son emballage d’origine, qui a tendance à aider à la situer en fournissant des dates, listes de remerciement, listes des membres, etc. Cela dit on peut aussi rejeter la faute sur les bootlegs et rééditions de mauvaise qualité. Bref, pour en revenir à ce qui compte vraiment, le flexi de Gai est une pièce essentielle pour toute collection minutieuse de disques noise-core, mais écoutez d’abord les morceaux de la démo « Damaging Noise » si vous n’avez jamais entendu ces cinglés.